Le sceptique

Contrairement à ce que certains « scientifiques » en mal de reconnaissance ou à l’esprit étroit voudraient vous faire croire, la réalité est bien plus complexe et variée que quiconque peut l’appréhender. Certains vont jusqu’à penser qu’elle se construit au fur et à mesure qu’on l’imagine, que l’homme (ou, plus largement, la sentience) n’est pas sujet, mais acteur de la réalité.

Sans aller jusque-là, considérons simplement la malhonnêteté qu’il y d’un côté à se proclamer curieux et ouvert d’esprit et prêt à accepter tout ce qui satisfait à une méthode (la méthode scientifique) et en même temps refuser certaines conclusions, car « off-limit »1.

Refermons cette parenthèse pour mieux nous concentrer sur ce qui nous intéresse.

À la manière de l’incrédule intéressé, le sceptique2 cherche à aller au fond des choses et ne se contente pas d’une érudition de surface. En vérité, les deux profils emploient les mêmes moyens et ne diffèrent guère que par leur objectif : le sceptique cherche une transcription dans la réalité, alors que l’incrédule intéressé se contente d’une fiction, du moment qu’elle est joliment tramée. On pourra ainsi dire que l’incrédule éclairé veut croire, alors que le sceptique veut savoir. Si j’applique ma taxonomie au roman De l’autre côté du miroir, le personnage de Fabien de Montargy, avant d’être transformé en vampire, était un tel sceptique (ou questeur de vérité, si vous voulez impressionner la galerie).

Or donc, contrairement à l’incrédule, le sceptique cherche à savoir. Certes, les incrédules intéressés et éclairés sont eux aussi dans une démarche de recherche, mais d’une bien moindre ampleur. Il y une différence entre chercher un collector ou un incunable et chercher la vérité. Dans ce dernier cas, l’engagement est bien plus fort et, si l’on trouve, le risque d’autant plus grand. Et pas uniquement de manière physique.

Car se confronter à la réalité demande un courage et une assurance d’esprit que peu d’individus possèdent. Sans être un changement de paradigme (après tout, hormis leur vitesse fulgurante, les vampires n’ont aucune capacité qui soit inconnue dans le monde du vivant), l’aboutissement de la « quête du vampire » a de quoi ébranler les plus forts. Imaginez que vous trouviez enfin ce que vous avez cherché toute votre vie ; comment vous sentiriez-vous ? Non, pas uniquement heureux ; en fait, pas forcément.

Les plus faibles refuseront la réalité, devenant des refoulés incrédules ou, plus rarement, des refoulés sceptiques (qui continuent à chercher, mais refusent plus ou moins inconsciemment toute preuve indubitable, se réfugiant dans l’état de grâce que fut leur recherche avant qu’ils ne trouvent — méfie-toi de tes questions, tu pourrais trouver une réponse). Quant à ceux qui auront franchi le seuil (ou le miroir, pour reprendre la métaphore de notre cher vampire), ils verront que leur voyage ne fait que commencer…


  1. Un vrai scientifique considérera juste certaines solutions comme non-physiquesmasses négatives.
  2. Sceptique véritable, par opposition à ceux que les anglophones nomment skeptics et qui sont en fait convaincus.