L’esprit aiguisé de mes lecteurs n’aura pas manqué de constater une absence
inhabituellement longue de ma part. Et, cette fois-ci, ce n’est pas une
leçon de chasse.
Je me suis fait avoir. Voilà, c’est dit.
Je vous ai déjà parlé des wanabees, ces
personnes qui voudraient bien devenir vampires, parce que les vampires, c’est
cool. Je les avais alors dépeints, et avec justesse, comme d’inoffensifs bien
qu’attardés casse-pieds. Je maintiens mon mépris jugement,
mais me dois de préciser : généralement. En effet, à force de travail
et d’auto-conviction, certains sont passés maîtres dans l’art de
l’esbrouffe.
Comme je vous l’ai déjà dit, chasser est mon
métier. Entre deux billets sur ce blog, je surveille l’écosystème
vampirique, l’arrivée de petits nouveaux et surtout, les interactions des
vampires avec la société humaine, interactions qui génèrent une part
considérable des contrats que j’honore. C’est donc tout naturellement que je
suivais depuis déjà quelques mois les tribulations d’un certain « vampire » — à
l’époque, bien sûr, les guillemets ne me semblaient pas de mise.
Comme vous devez vous en douter, les fausses alertes sont légion et cela
fait longtemps que j’ai mis au point un protocole pour séparer le bon grain de
l’ivraie (non, je ne vous donnerai pas mes petits secrets). Cependant, malgré
toutes mes précautions somme toute trop habituelles, cet énergumène a réussi à
se jouer de moi. J’étais d’autant plus alléché que son histoire n’était pas
banale : pas de querelle de voisinage (si, si, ça arrive — bien sûr, ça vole
plus haut que le chat du voisin sur mon toit
), pas de famille apeurée,
pas de satanistes en goguette… Pour d’évidentes raisons de sûreté, je ne vous
dévoilerai pas la teneur de l’affaire ; sachez juste que c’était très
intéressant.
Ainsi donc, c’est la bouche en cœur que je prenais contact avec mon client.
Comme bien souvent, j’étais un second contrat, le premier exécutant
(terme poli pour… ce que vous voulez) n’ayant pas été à la hauteur de la
tâche
(ayant été promu au rang d’engrais pour pissenlits). Et, comme
souvent encore, le client était bien loin de se douter de ce qui se tramait
vraiment ; j’en sais généralement plus que mes clients au moment où j’accepte
leur contrat.
Il est difficile d’aller plus avant sans dévoiler au moins les grandes
lignes de l’affaire, ce à quoi je me refuse. Je dirai donc simplement que,
alors que je pensais avoir un bon dossier sous les yeux, j’ai vu les pièces ne
plus s’agencer ou même voler en éclat au fur et à mesure que je me confrontais
aux événements. Cela commença avec des UV qui
brûlent (ce qui est très maladroit, quand on sait que les UV ne brûlent pas les vampires, ce que n’importe quel
imposteur un tant soit peu sérieux devrait savoir) jusqu’à des événements
historiques ne résistant pas à une analyse poussée, en passant par la présence
d’indices médico-légaux (là encore, un vampire n’en laisse pas).
Lorsque j’eus compris que l’on se payait ma tête, et après m’être assuré que
ce n’était pas un piège ou une manière de faire sortir un vrai vampire de
l’ombre mais, simplement, banalement, un triste sire quelque peu dérangé (mais
très intelligent), alors il fut temps de renvoyer l’ascenseur.
Les anglophones ont cette expression savoureuse pour nous autres
francophones : punishment with extreme
prejudice
. Ça correspond assez bien à ce que le wanabee a expérimenté.
Révélations, dépossessions, annihilations. Il était l’illusion de beaucoup, il
est devenu vraiment plus grand chose.
Pour un peu, je regretterais presque qu’il ne soit plus en état de se
souvenir de ce que lui ai fait subir.
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